Le Combat des Trente

Le 26 mars 1351 entre Ploërmel et Josselin ....

RETOUR

Le Combat des Trente par Octave Penguilly Musée de Quimper


Récit du Combat des Trente


Le fameux "combat des Trente" au chêne de Mi-voie entre Josselin et Ploërmel, où trente chevaliers bretons sous le commandement de Jean Beaumanoir l'emportèrent sur trente combattants anglais, allemands et quatre bretons, eut un grand retentissement. 

LES CAUSES DU COMBAT 

En 1317, le duc Jean III réunit au profit de son frère aîné, Guy, les comtés de Tréguier et Penthièvre. Le 30 avril 1341, Jean III mourut sans héritiers directs. Son demi-frère, Jean de Montfort marié à Jeanne de Flandre, et sa nièce Jeanne de Penthièvre, épouse du neveu de Philippe VI de France, Charles de Blois, revendiquent chacun pour son compte le trône ducal. 

Le parti de Blois est soutenu par la France, les grands seigneurs bretons, le haut-clergé, le pays Gallo et les principales villes du Trégor. Le parti de Montfort est soutenu par l’Angleterre, la petite noblesse, les recteurs et leurs paroissiens du pays bretonnant. 

Une trêve avait été signée. Mais au mépris de cette convention les anglais, sous prétexte de soutenir la cause des Montfort rançonnaient et pillaient la Bretagne. Les paroisses qui ne pouvaient payer étaient détruites, incendiées et saccagées. 

En 1351, un baron de la Bretagne, nommé Jean de Beaumanoir, capitaine du château de Josselin, eut l’occasion de reprocher aux Anglais leur conduite odieuse et de s’écrier en s’adressant à Brembo, gouverneur de Ploërmel, place forte anglaise « Dieu soit Juge entre nous ! Que chacun de nous choisisse trente à quarante champions pour soutenir sa cause. On verra de quel côté est le droit ». La rencontre eut lieu au « chêne de Mi-voie », entre Ploërmel et Josselin le 26 (ou le 27 ) mars 1351. Les conditions de la lutte furent celles du « combat à volonté », c’est-à-dire que chacun des soixante champions eut toute liberté de se battre comme il lui plairait, soit à pied, soit à cheval, avec les armes qu’il voudrait, sans autre obligation que d’observer dans ce combat les règles de la loyauté chevaleresque. 

« Ainsi fut la bataille juré par tel point, 
Et que sans nulle fraude loyaulment le feroint, 
Et d’un costé et d’aultre touts à cheval seroint, 
Ou trois, ou cinq, ou six, ou toutz, se ilz vouloint, 
Sans élection d’armes ainscin se combatroint, 
En guise et manière que chascun le vouldroint ».
 

Les anglais sûrs de leur victoire arrivent les premiers au « chêne de Mi-voie ». Le retard des bretons venaient du fait qu’ils s’étaient préparés à la bataille, s’étaient confessés, et avaient reçu l’absolution, la communion, et entendus plusieurs messes.


LES DIVERSES PHASES DU COMBAT 

Première phase 

Après avoir parlementé quelque temps, les deux troupes reculèrent chacune de leur côté en se faisant face. Sur un signe, le premier choc entre les deux partis eu lieu. Se fut un corps à corps désordonné (une mêlée dans toute la force du terme). Dans cette mêlée, côté bretons, Jehan Rousselet, et un écuyer Geffroy Mellon furent tués. Even Charruel, Caro de Bodégat, tous deux chevaliers, ainsi qu’un écuyer, Tristan de Pestivien, furent blessés et faits prisonniers. D’ou une notable infériorité des bretons réduits à 25 champions contre trente anglais. 

Deuxième phase 

Suite à une courte trêve, les deux partis sont de nouveau face à face. Indigné par les insultes de Brembo envers Beaumanoir, l’écuyer Alain de Keranrais, lui crie:
 « Comment, vil glouton, tu te flattes de faire prisonnier un homme comme Beaumanoir ! Eh bien, moi je te défie en son nom, tu vas sentir à l’instant la pointe de ma lance ». 
Il lui en porte en même temps un coup en plein visage, la lance pénètre sous le crâne. Brembo s’abat lourdement. Pendant que les anglais se jettent sur Keranrais, le chef anglais d’un effort désespéré se relève et cherche son adversaire ; il trouve devant lui Geffroy du Boys, qui lui lance à son tour sa hache d’armes dans la poitrine. 
Brembo tombe mort. 

Cette mort imprévue jette une telle consternation dans les deux partis que la bataille s’interrompt quelques instants. 

Troisième phase 

Crokart, de nationalité allemande, prendra le commandement des anglais. Il change la technique de combat « Tenez-vous estroitement serrés l’un contre l’autre » pour combattre. Par suite de cette manoeuvre, le combat change de face. Jusqu’ici c’était une mêlée, une lutte par petits groupes, sans ordre ni plan. Désormais, c’est un combat régulier. Les 29 champions anglais, forment alors, une ligne de bataille impénétrable, contre laquelle les bretons se brisent en laissant de nombreux blessés. Beaumanoir décide alors d’attaquer en même temps de face et sur les deux extrémités. Dans cet assaut féroce, la bande de Crokart finit par céder ; quatre de ses champions (2 anglais, 1 allemand et le breton d’Ardaine) sont tués. Côté breton, Geffroy Poulart et Beaumanoir sont blessés. C’est alors que Geffroy du Boys lance à Beaumanoir assoiffé et affaibli par la perte de son sang, la fameuse apostrophe « Bois ton sang Beaumanoir, la soif te passera ». 

Quatrième phase 

Crokart voyant le défaut de sa première manœuvre, change de tactique. Il ordonne aux deux extrémités de sa ligne de bataille de se réunir en se recourbant l’une vers l’autre en faisant toujours face à l’ennemi. Guillaume de Montauban qui feint de quitter le combat saute alors sur le dos de son cheval, et le précipite sur le terrible rempart des piques anglaises, pendant que lui-même frappe sur les anglais à grands coups de lance. Manœuvre des plus téméraires, qui permit de renverser sept ennemis, puis revenant sur ses pas d’en écraser trois autres. Voyant cela, tous les bretons se précipitent dans la trouée pour se jeter sur leurs adversaires. Sous ce choc, quatre ou cinq des anglais sont tués, les autres sont faits prisonniers. 

Telle fut la bataille des Trente 

Les bretons dans cette journée ne perdirent, semble-t-il, que trois des leurs : le chevalier Jehan Rousselet, les écuyers Geffroy Mellon (ou Moëlon) et Geffroy Poulart. Du côté des Anglais, il y aurait eu, une douzaine de morts.

LES COMBATTANTS 

Les trente bretons supportant le parti de Blois Les trente anglais supportant le parti de Montfort 

Le capitaine Breton est Jehan de Beaumanoir 

Les chevaliers : 

Jehan de Tyntyniac 
Guy de Rochefort 
Even Charruel 
Robin Raguenel de Saint-Yon 
Caro de Bodégat 
Guillaume de la Marche 
Ollivier Arrel (Harel)
Jehan Rousselet 
Geffroy du Boys (du Bois) 

Les écuyers : 
Guillaume de Montauban 
Alain de Tyntyniac 
Tristan de Pestivien 
Alain de Keranrais 
Ollivier de Keranrais 
Louys Gouyon 
Le Fontenai ou Le Fontenois 
Huet Captus (lisez Catus) 
Geffroy de la Roche 
Geffroy Poulart 
Morice de Trezeguidy 
Guyon du Pontblanc 
Morice du Parc 
Geffroy de Beaucours 
Celuy de la Villon (lisez La Villéon) 
Geffroy Mellon ou Moelon 
Jehannot de Serrant (lisez Sérent) 
Olivier Bouteville (Monteville ?) 
Guillaume de la Lande 
Symonet Richard 

Les champions étaient tous des bretons. 

Le capitaine Anglais est Robert Brambroch (ou Richard de Brandenburg, encore appelé Brembo) 

Les combattants : 
Canoles (lisez Robert Knolles) 
Cavarlay (lisez Hugue de Calverly) 
Crucart (lisez Crokart ou Croquart) 
Jehan Plesanton 
Ridele le Gaillart 
Helecoq, son frère 
Jennequin Taillart 
Rippefort le Vaillant 
Richart d’Irlande 
Tommelin Belifort 
Huceton Clemenbean 
Jennequin Betoncamp 
Renequin Herouart 
Gaultier l’Alemant 
Hulbure ou Huebnie le Vilart 
Renequin Mareschal 
Thommelin Hualton 
Robinet Melipart 
Isanay le Hardy 
Bicquillay 
Helichon le Musart 
Troussel 
Robin Adès 
Dango le Couart 
Le Nepveu de Dagorne (Dagworth?) 
Perrot de Commelain (lisez de Comenan) 
Guillemin le Gaillart 
Raoulet d’Aspremont 
D’Ardaine 

Côté anglais, s’étaient joints six aventuriers allemands et quatre bretons du parti de Montfort.