Ordre Souverain de Malte

RETOUR

Michel LE BEL de la Tour-Gavouyère, Chevalier de Malte en 1545


Notice sur l'ordre souverain de Malte


L'Ordre de St. Jean fut fondé avant la prise de Jérusalem (1099 - Première Croisade) comme communauté monastique, dédiée à St. Jean Baptiste, qui administrait un hospice - infirmerie pour assister les pèlerins en Terre Sainte. Liée originairement aux Bénédictins, cette communauté devint autonome sous le Bienheureux Gérard Sasso di Scala (†1120). Par la Bulle du 15 février 1113, adressée à Gérard, le Pape Pascal II approuva l'institution de l'Hôpital de St. Jean, le plaça sous la protection du Saint-Siège et lui assura le droit d'élire librement ses chefs, successeurs de Gérard, sans l'intervention d'aucune autre autorité ecclésiastique ou laïque. En vertu de cette Bulle et d'autres documents pontificaux, l'Hôpital devint un Ordre de l'Eglise jouissant d'exemptions.

La situation politique après la fondation, par les Croisés, du royaume de Jérusalem obligea l'Ordre, sous son deuxième chef (et le premier à avoir la qualification de Maître), fra' Raymond du Puy ou del Poggio, à assumer la défense militaire des malades, des pèlerins et des territoires chrétiens que les Croisés avaient repris aux Musulmans. C'est ainsi que l'Ordre de l'Hôpital de St. Jean acquit le caractère d'Ordre chevaleresque: les Chevaliers étaient en même temps des Religieux liés par les trois voeux monastiques d'Obédience, de Chasteté et de Pauvreté. L'Ordre devint donc une persona mixta, à la fois religieux et militaire, militia religiosa, religio militaris. Fra' Raymond du Puy introduisit la première règle connue de l'Ordre ainsi que la croix blanche octogonale, emblème de l'Ordre encore connue aujourd'hui sous le nom de Croix de Malte.

Tout en se prodiguant dans le vaste domaine de l'activité hospitalière (obsequium pauperum, le service des pauvres) qui est l'un de ses deux buts, l'Ordre poursuivait efficacement le deuxième, autrement dit la défense de la Chrétienté (tuitio fidei défense de la Foi). Malheureusement, en 1291, St Jean d'Acre, le dernier bastion de la Chrétienté en Terre Sainte, fut perdu et l'Ordre s'établit à Chypre.

Dès le début, en vertu des actes pontificaux, son indépendance de tous les autres Etats ainsi que son droit, universellement reconnu, de maintenir et d'employer des forces armées constituèrent la base de la souveraineté internationale de l'Ordre. Avec l'occupation de l'Ile de Rhodes, complétée en 1310 sous le Grand Maïtre fra' Foulques de Villaret, l'Ordre acquit sa pleine souveraineté territoriale et les Chevaliers de St. Jean commencèrent à être appelés Chevaliers de Rhodes. Rhodes fit front à la puissance territoriale et navale des musulmans et finit par devenir le rempart proprement dit de la Chrétienté dans la Méditerranée.

Dès lors, pour défendre le monde chrétien, l'Ordre constitua une puissante flotte et commença à patrouiller les mers orientales en s'engageant dans de nombreuses et célèbres batailles. Il participa aux Croisades de Syrie et d'Egypte et soutint le Royaume chrétien d'Arménie (Cilicie) contre les attaques des Musulmans.

Les membres de l'Ordre qui venaient à Rhodes de toutes les parties d'Europe et les établissements de l'Ordre en Europe se regroupèrent dès le début du XIVème siècle en Langues. D'abord sept: Provence, Auvergne, France, Italie, Aragone (Navarre), Angleterre (avec Ecosse et Irlande) et Allemagne. Puis, en 1462, la Castille et le Portugal se séparèrent de la Langue d'Aragone pour former la huitième Langue. Au XVI° siècle la Langue d'Angleterre fut supprimée mais plus tard, en 1782, elle fut temporairement rétablie comme Langue Anglo-Bavaroise. Chaque Langue était dirigée par des Prieurés ou Grands Prieurés, des Baillages et des Commanderies. L'Ordre, gouverné par un Grand Maître et un Conseil de l'ordre, battait sa propre monnaie et entretenait des relations diplomatiques avec les autres Etats. Le Grand Maître était Souverain de Rhodes et devint plus tard Souverain de Malte. Les hautes charges de l'Ordre étaient conférées aux représentants des diverses Langues; le siège de l'Ordre, le Couvent, était en effet composé de religieux de différentes nationalités.

Les Chevaliers repoussèrent avec succès maints assauts des Turcs, jusqu'au moment où le Sultan Soliman le Magnifique attaqua Rhodes avec une puissante flotte et une vaillante armée. La veille de Noël 1522 les Chevaliers durent capituler et, le 10 janvier 1523, ils quittèrent l'île avec les honneurs de la guerre. Pendant les sept ans qui suivirent l'Ordre, tout en conservant sa souveraineté internationale, se trouva sans territoire, jusqu'à ce que l'Empereur Charles V (en sa qualité de Roi de Sicile) ne lui cède les îles de Malte, de Gozo et de Comino, ainsi que de Tripoli en Afrique du Nord en tant que fief souverain. Le 26 octobre 1530 le Grand Maître fra' Philippe de Villiers de l'Isle-Adam prit possession de Malte, avec l'approbation du Pape Clément VII. Il fut stipulé que l'Ordre resterait neutre en cas de guerres entre nations chrétiennes.

La guerre pour la défense de la Chrétienté continuait. Les Turcs attaquèrent Malte mais, lors du Grand Siège, du 18 mai au 8 septembre 1565, ils furent mis en déroute par les Chevaliers sous la conduite de l'héroïque Grand Maître fra' Jean de la Vallette (qui donna son nom à la capitale de Malte, La Valette). Le déclin de la puissance navale des Ottomans date de cette défaite. La flotte de l'Ordre de St. Jean ou de Malte, comme l'on commença à l'appeler, devint une des plus puissantes de la Méditerranée et prit part, dans la grande bataille de Lépante en 1571, à la destruction définitive de la puissance navale des Ottomans.

En 1607 et de nouveau en 1620, le titre de Prince du Saint-Empire Romain fut ajouté à la dignité de Grand Maître et, en 1630, le rang et la dignité de Cardinal de la Sainte Eglise Romaine avec le titre d'Eminence.

En 1798, Bonaparte, engagé dans la campagne d'Egypte, occupa l'île de Malte et l'Ordre fut contraint de s'éloigner. Les Chevaliers se trouvèrent de nouveau sans siège. Entre-temps, les Anglais occupèrent Malte en 1801 mais, malgré la reconnaissance des droits souverains de l'Ordre sur Malte par le Traité d'Amiens (1802), l'Ordre ne put les exercer. Après ses sièges temporaires à Messine, Catane et Ferrare, l'Ordre s'établit finalement à Rome, où il possède, sous garantie d'extraterritorialité, le Palais de Malte, via Condotti, et la Villa sur l'Aventin.

Le but originaire, l'assistance hospitalière, est devenu celui principal de l'Ordre. Les activités hospitalières et charitables, entreprises sur grande échelle pendant la Première Guerre Mondiale, ont été intensifiées et développées pendant la Seconde Guerre Mondiale, sous le Grand Maître fra' Ludovico Chigi della Rovere Albani, et encore plus intensifiées sous le Grand Maître fra' Angelo de Mojana di Cologna (1962-1988), dont le successeur est l'actuel Prince et Grand Maître fra' Andrew Bertie.

L'Ordre de Malte est le seul à avoir continué sans interruption l'Ordre de l'Hôpital de St. Jean reconnu par la Sainte Eglise en 1113. Lui seul est en même temps un Ordre religieux de l'Eglise Catholique et un Ordre catholique et de chevalerie. Il est le seul à avoir des Chevaliers profès dits de Justice, successeurs directs de ses fondateurs, parmi lesquels le Grand Maître et la majorité des membres du Souverain Conseil sont élus. Ces derniers ont un rang supérieur à celui des Chevalier non-profès qui sont devenus nombreux depuis la perte de Malte. L'Ordre n'a jamais cessé d'être reconnu par l'ensemble des nations comme Etat souverain et indépendant de toute autorité laïque. Ces éléments constituent la preuve irréfutable de cette unique et authentique identité historique de l'Ordre à laquelle nulle autre organisation ne peut prétendre.

La souveraineté de l'Ordre s'exerce au niveau de trois pouvoirs: celui législatif, qui appartient au Chapitre Général, organe de représentation des Chevaliers, et, subsidiairement, au Grand Maître avec le Souverain Conseil, lesquels exercent également le pouvoir exécutif, tandis que celui juridictionnel appartient aux Tribunaux de l'Ordre. Le Grand Maître est le Chef Suprême de l'Ordre et il est élu par le Conseil Complet d'Etat. Tant le Chapitre Général que le Conseil Complet d'Etat sont composés de représentants des Grands Prieurés, des Prieurés, des Sous-Prieurés et des Associations Nationales qui sont les organismes de l'Ordre établis dans les différents pays du monde.

Le titre du Grand Maître, en latin, est: Dei gratia Sacrae Domus Hospitalis Sancti Johannis Hierosolymitani et militaris Ordinis Sancti Sepulchri Dominici magister humilis pauperumque Jesu Christi custos. Une partie de ce titre commémore la concession de la Maîtrise de l'Ordre du Saint Sépulcre, qui ne fut que temporaire, accordée par le Pape Innocent VIII en 1489 au Grand Maître d'Aubusson. Jouissant de la préséance d'un Cardinal et donc de celle d'un Prince Royal, ainsi que de la dignité de Prince du Saint-Empire (reconnue plus tard en Autriche et en Italie) et étant ci-devant Prince régnant de Rhodes, puis de Malte, le Grand Maître a le titre d'Eminence et d'Altesse, ou d'Altesse Eminentissime, et il est reconnu comme Chef d'Etat à qui les honneurs souverains sont dûs.

Le Grand Maître gouverne l'Ordre, assisté du Souverain Conseil qu'il préside et qui est composé des quatre Hautes Charges: le Grand Commandeur, le Grand Chancelier, le Grand Hospitalier et le Receveur du Commun Trésor, de six Conseillers élus par le Chapitre Général qui sont choisis parmi les Chevaliers Profès et les Chevaliers d'Obédience. Le Souverain Pontife nomme comme son représentant auprès de l'Ordre un Cardinal de la Sainte Eglise Romaine, ayant le titre de Cardinalis Patronus: ce cardinal est assisté par le Prélat de l'Ordre, qui est lui aussi désigné par le Souverain Pontife. Le Prélat de l'Ordre est le supérieur ecclésiastique du Clergé de l'Ordre et assiste le Grand Maître en ce qui concerne le bien spirituel de l'Ordre.

La vie et les activités de l'Ordre sont réglementées par la Charte Constitutionnelle et le Code. Les questions juridiques d'une importance extraordinaire, intéressant l'Ordre, sont soumises à l'avis d'un organe technique consultatif, le Conseil Consultatif Juridique, dont les membres sont nommés par le Grand Maître, le Souverain Conseil entendu. Les Tribunaux de l'Ordre sont de Première Instance et d'Appel (Présidents, Juges, Promoteurs de Justice et des Auxiliaires nommés par le Grand Maître avec vote délibératif du Souverain Conseil). La Chambre des Comptes, élue par le Chapitre Général, exerce des fonctions de contrôle économique et financier. L'Ordre, selon le droit international, maintient des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, et avec 81 Etats:


2 - nom

Texte

2 - nom

Texte